Révocation du président de SA par le conseil d'administration : procédure

Comment révoquer le président d'une SA en conseil d'administration : quorum, majorité, vote, formalités et risques. Guide pratique 2026 par une juriste.

Relu le 26.08.26 · 6 min de lecture · revu par Marie Gattepaille, juriste

Sur cette page · 6 parties
Qui peut révoquer le président d’une SA ?La révocation ad nutum : une liberté encadréeLe vote en conseil d’administration : quorum, majorité, procédureRemplacer le président en une seule décisionLes formalités après la révocationCe qu’il faut retenir avant de convoquer le conseil

L'essentiel

  1. Le président de SA est révocable à tout moment par le conseil d'administration, sans obligation de motif ('révocation ad nutum')
  2. La décision se prend par vote en conseil, à la majorité des membres présents ou représentés, sans que le président sortant soit exclu du vote
  3. Une révocation dans des conditions brutales ou vexatoires peut ouvrir droit à des dommages-intérêts, même si elle reste valable

Le président d’une société anonyme est révocable à tout moment par le conseil d’administration, sans obligation de justifier d’un motif : c’est le principe de la révocation « ad nutum » (article article L225-47 du Code de commerce du Code de commerce). La décision se prend par un vote en conseil, à la majorité de ses membres, puis doit être publiée pour devenir opposable aux tiers.

Cette liberté de révocation, propre à la SA, surprend souvent les dirigeants habitués aux SARL ou aux SAS, où le formalisme peut être plus protecteur. Elle n’exonère pourtant pas le conseil d’administration de respecter une procédure loyale : quorum, convocation régulière, vote conforme aux statuts. Une révocation mal conduite reste valable sur le fond, mais peut coûter cher sur la forme.

Qui peut révoquer le président d’une SA ?

Contrairement au gérant de SARL, révoqué par les associés, ou au président de SAS, dont les modalités sont fixées librement par les statuts, le président du conseil d’administration d’une SA est nommé et révoqué par le conseil d’administration lui-même, parmi ses membres (article article L225-47 du Code de commerce du Code de commerce). L’assemblée générale des actionnaires n’intervient pas dans cette décision, sauf disposition statutaire particulière — rare en pratique.

Ce point mérite d’être vérifié en amont : certaines SA à conseil d’administration prévoient dans leurs statuts une information préalable de l’assemblée, voire une consultation des actionnaires majoritaires avant toute révocation. Ces clauses n’ont pas de valeur contraignante sur la compétence légale du conseil, mais leur non-respect peut être invoqué comme un manquement à la loyauté envers les actionnaires.

📌 Ne confondez pas la révocation du président avec celle du directeur général. Ce sont deux mandats distincts, régis par des articles différents (article L225-47 du Code de commerce pour le président, article L225-51-1 du Code de commerce et article L225-55 du Code de commerce pour le directeur général). Révoquer l’un ne révoque pas automatiquement l’autre, même lorsque les deux fonctions sont cumulées par la même personne (« PDG »).

La révocation ad nutum : une liberté encadrée

Le principe de révocation ad nutum signifie que le conseil d’administration peut mettre fin aux fonctions du président :

  • à tout moment, sans attendre l’échéance de son mandat,
  • sans avoir à motiver sa décision,
  • sans préavis obligatoire.

Cette liberté trouve sa justification dans l’idée que la présidence du conseil est une fonction de confiance, révisable au gré de l’évolution des rapports de force entre administrateurs.

Elle n’est cependant pas sans limite. La jurisprudence considère de longue date que si la révocation elle-même reste discrétionnaire, les conditions dans lesquelles elle intervient doivent respecter le principe du contradictoire et ne pas être vexatoires. Un président évincé sans avoir pu s’expliquer, informé par voie de presse ou mis à l’écart brutalement avant même la tenue du conseil, peut engager la responsabilité de la société sur ce fondement — indépendamment de la validité de la révocation elle-même.

En pratique, il est recommandé de :

  1. convoquer le président aux côtés des autres administrateurs, dans les formes statutaires habituelles,
  2. lui permettre de présenter ses observations en séance avant le vote,
  3. consigner ces échanges dans le procès-verbal, même de façon succincte.

Le vote en conseil d’administration : quorum, majorité, procédure

La révocation se décide en séance du conseil d’administration, selon les règles de quorum et de majorité fixées par les statuts, à défaut par les règles de droit commun applicables aux délibérations du conseil.

ÉtapeExigencePoint de vigilance
ConvocationFormes et délai prévus par les statutsUne convocation irrégulière peut fragiliser toute la délibération
QuorumNombre minimal d’administrateurs présents ou représentés fixé par les statutsVérifier si la présence physique est requise ou si la visioconférence est admise
VoteMajorité des membres présents ou représentés (sauf majorité renforcée statutaire)Le président sortant peut en principe voter sur sa propre révocation
Procès-verbalRédigé par le conseil, signé selon les modalités statutairesDoit mentionner la date de cessation des fonctions et l’identité du nouveau président le cas échéant

Un point technique revient souvent dans les dossiers que nous traitons : le président sortant, en tant qu’administrateur, participe en principe au vote sur sa propre révocation, sauf clause statutaire l’en excluant. S’il détient, avec des alliés au sein du conseil, une minorité de blocage, la révocation peut s’avérer juridiquement impossible tant que le rapport de force au conseil n’a pas changé — par exemple après le renouvellement de certains mandats d’administrateurs en assemblée générale.

⚠️ Vérifiez toujours la clause statutaire relative à la direction avant de convoquer le conseil : elle prime sur les usages et peut prévoir une majorité renforcée, un délai de convocation spécifique ou des modalités de vote électronique. Une révocation votée en méconnaissance des statuts est exposée à une contestation en justice.

Remplacer le président en une seule décision

Dans la grande majorité des cas, le conseil d’administration ne se contente pas de révoquer le président : il désigne, dans la même séance, son successeur parmi les administrateurs. Cette combinaison — cessation de fonctions et nomination — permet d’éviter toute vacance de la représentation légale et se traduit par un seul procès-verbal, une seule annonce légale et un seul dépôt au guichet unique de l’INPI.

Prenons un cas fréquent : une SA industrielle familiale dont le conseil d’administration constate une perte de confiance envers son président, en désaccord avec les orientations stratégiques votées par les actionnaires. Le conseil convoque une séance, entend le président sur les difficultés relevées, procède au vote de révocation, puis nomme dans la foulée l’un des administrateurs comme nouveau président. Le procès-verbal unique retrace les deux décisions, la date de prise d’effet et l’identité du nouveau représentant légal. C’est cette même logique — un seul acte, deux effets — que nous retrouvons dans la plupart des dossiers de changement de dirigeant d’une SA, président et directeur général.

Le nouveau président devra également produire les pièces d’usage : justificatif d’identité et attestation de non-condamnation, régulièrement oubliée alors qu’elle bloque le dépôt du dossier au greffe.

Les formalités après la révocation

Une fois la révocation votée et le nouveau président désigné, la société doit accomplir les formalités de publicité, sous peine que le changement ne soit pas opposable aux tiers (article article L123-9 du Code de commerce du Code de commerce) — ce qui signifie que le président évincé pourrait, en théorie, continuer d’engager juridiquement la société tant que la publicité n’est pas faite.

Les étapes à respecter :

  • Insertion d’une annonce légale de changement de dirigeant, mentionnant le président sortant et le nouveau président, dans un support habilité du département du siège social. Retrouvez le détail du contenu et du coût de l’annonce légale de changement de dirigeant.
  • Dépôt du dossier modificatif au guichet unique de l’INPI, dans le mois de la décision (article article R123-66 du Code de commerce du Code de commerce), avec le procès-verbal, l’attestation de parution et les pièces du nouveau président.
  • Mise à jour de la déclaration des bénéficiaires effectifs, uniquement si le président sortant ou entrant est lui-même un bénéficiaire effectif de la société (article article R561-55 du Code monétaire et financier du Code monétaire et financier) — ce n’est pas systématique, contrairement à une idée répandue. Le sujet est détaillé dans notre article sur la déclaration de bénéficiaires effectifs oubliée du changement de dirigeant.
  • Actualisation des tiers : banques, URSSAF, assureurs, contrats en cours. Cette étape est souvent négligée alors qu’elle conditionne la continuité opérationnelle de la société ; consultez notre checklist banque, URSSAF, assurances pour ne rien oublier.

À l’issue de ces formalités, un nouveau Kbis est délivré, mentionnant le nouveau président comme représentant légal. Le numéro SIREN et le numéro SIRET de la société restent inchangés : seule l’identité du représentant légal est modifiée au RCS et au Registre National des Entreprises.

Si votre société traverse une révocation de président et que vous souhaitez sécuriser l’ensemble de la procédure — du vote en conseil jusqu’au Kbis à jour — notre service de changement de dirigeant prend en charge la génération des documents et le dépôt au guichet unique.

Ce qu’il faut retenir avant de convoquer le conseil

La révocation du président d’une SA relève d’un équilibre : une grande liberté de fond (pas de motif exigé), mais une exigence de forme stricte (quorum, majorité, procès-verbal, procédure loyale). Les conseils d’administration qui se contentent d’un vote expéditif, sans respecter le contradictoire, s’exposent à une action en dommages-intérêts alors même que la révocation reste juridiquement valable.

💡 Chaque situation de révocation présente ses propres enjeux — rapport de force au conseil, clauses statutaires spécifiques, risque contentieux. Pour sécuriser votre dossier, contactez-nous : nous vous accompagnons dans la génération des documents nécessaires à la formalité.


*Rédigé avec l’assistance d’outils d’IA, sous la responsabilité éditoriale de NORGE CONSEIL. Mise à jour : 8 août 2026.

Rédaction NORGE CONSEIL
Revu par Marie Gattepaille, juriste · rédigé avec l'assistance d'outils d'IA · mis à jour le 26.08.26
Les situations, prénoms et sociétés cités en exemple sont fictifs.
Cet article n'est pas un conseil juridique personnalisé. Vos statuts priment.